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Traduit de l'Anglais par Michèle DAVY et Françoise LE JONCOUR
Aidées pour la retranscription par Carmen CERDA et Majo LAJOLY
Cette préparation de la publication est faite par Lisa BOYESEN et Marriette MIGNET
INITIATION A L'ART D'ETRE MERE
À la naissance de mon fils, je suis devenue mère du jour au lendemain. Cependant, je ne suis pas devenue mère instantanément à la naissance, c'est un long processus d'apprendre à materner.
Dorian. C'est lui qui me l'a enseigné.
Toutes les femmes naissent peut-être avec un instinct maternel, mais la façon dont on l'utllise est quelque chose qui se développe avec l'expérience et la conscience : c'est tout un processus de devenir conscient, d'aimer de façon organique (à l'opposé d'un amour intellectuel). Nous les adultes interprétons l'amour de façon très différente de l'enfant nouveau-né. Un enfant qui commence à marcher l'interprète lui aussi différemment d'un enfant plus vieux. On ne peut pas remettre en question la profondeur de l'amour des parents, mais on peut remettre en question la façon dont ils transforment cet amour, et dont ils le montrent dans la pratique.
L'instinct de porter un enfant qui vient de naître est un réflexe automatique chez chaque mère et un besoin de base pour la mère et pour l'enfant. Pendant 9 mois, l'enfant a grandi à l'intérieur d'elle et maintenant il a besoin d'un temps égal pour grandir sur elle, en-dehors de l'utérus, de façon à pouvoir s'ajuster à la vie. Les mois après la naissance sont juste une extension de la grossesse et une période de transition sérieuse. Le cordon ombilical est coupé, mais de nouveaux liens doivent s'installer, et ceci de façon instantanée.
En étant jeté dans l'espace, c'est-à-dire en quittant le monde de l'eau pour le monde de l'air, l'enfant s'enracine à travers l'amour de la mère ou de la personne qui le materne. Cet amour peut être simplement transmis au bébé par le toucher et en le tenant. Il a besoin de cette symbiose en grandissant de façon aussi forte et aussi complète que l'était la symbiose dans l'utérus maternel.
L'utérus était un environnement bien protégé juste suffisamment grand pour qu'il puisse contenir et envelopper l'enfant. Hors de l'utérus, l'enfant est exposé à un nouvel espace, effrayant parce qu'il n'a ni limite, ni fin. Sans aucune frontière, un petit bébé qui vient de naître se sent complètement perdu dans l'espace et a besoin plus que jamais d'un contact physique dans les bras de la mère, avec le sein et tout le corps pour s'enraciner lui-même jusqu'à ce qu'il trouve progressivement le sens de ses propres frontières. Il était très évident de voir la fragilité, l'exposition soudaine de l'enfant au monde extérieur. La vulnérabilité, la faiblesse de Dorian lorsqu'on me l'apporta après la naissance.
Il était allongé dans son berceau à côté de mon lit et ses mains étaient glaciales et presque bleues. C'était incroyable comme elles sont devenues roses, lorsque je l'ai tenu et pris vers moi un petit moment. Son petit soupir de bien-être m'a atteinte jusque dans mon cœur. Comme j'allais me mettre à l'aimer ce petit soupir, un minuscule petit soupir de respiration, presque inaudible, et en même temps si défini. C'était le son le plus léger que pouvaient exprimer les cordes vocales. Il me disait que tout allait bien. Si je le remettais dans son berceau, il pleurait immédiatement et aussitôt ses mains devenaient froides et bleues. Il avait besoin de ma chaleur pour se réchauffer comme il l'avait fait en grandissant à l'intérieur de moi et c'était une première responsabilité de mère de ne pas rendre ce changement plus choquant qu'il ne l'avait déjà été pour le nouveau-né.
Quand Dorian a été placé sur mon ventre juste après sa naissance, j'étais encore une femme en travail. Il faisait son « atterrissage ». Et maintenant en le tenant dans les bras, je sentais que nous commencions à créer les liens. Ses minuscules soupirs ont résonné dans la pièce et sont devenus comme une partie du silence. Ils me disaient que tout allait bien, il y avait un bien-être qui s'installait. Alors il a souri, sa bouche s'est un tout petit peu tordue, une espèce de sourire de soulagement, de bonheur et d'affirmation, et c'était un petit mouvement presque invisible des lèvres, en une fraction de seconde. Les gens peuvent dire que c'était un réflexe sans gratitude, ou une contraction musculaire, parce que l'on dit généralement que les nouveaux-nés ne sourient pas. Mais ils le font. Dorian l'a fait et m'a donné à ce moment-là son approbation : je faisais ce qu'il fallait pour lui et il pouvait transformer mon amour de façon proportionnée à ses besoins. Le premier toucher que j'ai fait à mon bébé, la chaleur qui a passé de moi à lui et son soupir de bienvenue, sont parmi les plus précieux souvenirs de mon initiation à l'art d'être mère.
1. TRANSITION A LA VIE POSTNATALE
Quelle expérience dramatique quand en peu d'heures l'enfant perd sa sécurité, la chaleur qui l'entourait et se trouve soudainement exposé à un environnement complètement différent avec les changements radicaux qui s'installent en lui et autour de lui.
Bien que l'organisme de l'enfant soit complètement équipé pour la vie physique, chaque chose chez l'enfant fonctionne à un niveau éthérique comme en continuité directe avec la vie prénatale. Comme dans le stade utérin, toutes les actions de l'enfant sont subordonnées au système nerveux autonome et à la partie la plus primitive du cerveau. Dans les mois qui suivent, les fonctions les plus avancées du cerveau se mettent en place quand le cortex cérébral active les fonctions musculaires, la coordination psychomotrice, la perception et la conscience. Pendant que ces énormes changements internes s'installent, l'enfant est porté dans les bras ou couché dans son berceau, il passe son temps à s'assoupir au long des semaines et des mois. Il a l'air endormi et quelques fois, il se réveille pour boire par intervalles et après il retombe endormi de nouveau, sans aucune implication dans ce qui se passe autour de lui. Il est au contraire très occupé à un processus d'ajustement d'une façon très subtile et très spécifique.
Cet état de transe chez l'enfant a une relation avec la respiration périodique où la respiration s'arrête pour plusieurs secondes (phénomène bien connu des médecins). C'est un état particulier au nouveau-né, essentiel pour son développement respiratoire. Mais, cependant, s'il est un état naturel, il comporte aussi le danger pour quelques nouveaux-nés, faibles ou prématurés, d'arrêter tout à fait de respirer, causant une mort subite. C'est alors un paradoxe de la nature que quelque chose d'aussi essentiel peut être dangereux dans les situations de stress.
Bien qu'amplement discutés dans la physiologie du sommeil, ces états sont très peu connus, en particulier pour ce qui est du processus R.E.M. (Rapid Eyes Movement) chez le nourrisson et qui est si évident lorsqu'on le nourrit. Ces études sur les ondes E.E.G. du cerveau ont montré que les mouvements rapides des yeux des nouveaux-nés peuvent supporter certaines ressemblances avec le rêve de l'adulte. Mais ils en diffèrent de la façon suivante : le mouvement R.E.M. a lieu seulement pendant le sommeil alors que, chez le bébé, il arrive aussi dans un état d'éveil. Le bébé, durant ces états de R.E.M. actifs, a des séquences pendant lesquelles il suce, bouge, ou fait des grimaces et, à certains moments, il semble complètement éveillé. La psycho dynamique des épisodes R.E.M. que j'ai observés chez Dorian lors de l'allaitement quotidien me fait dire que la fonction R.E.M. atteint un maximum dans la transe. Et alors si le cycle de nutrition est interrompu, le processus neurophysiologique vital est aussi cassé. Cette affirmation semble évidente quand on pense au plaisir oral intense que l'enfant a pendant sa première année. C'est dans cet état et avec la relation sensuelle à la mère que le développement psycho sexuel s'organise.
Pendant le processus R.E.M. durant le cycle d'allaitement, il se produit aussi une accélération des centres de métabolisme et de commande du cerveau, avec une excitation des zones érogènes et des organes sexuels. Cela donne une fondation biologique à une circulation de libido qui donne à l'enfant une sensualité vitale et un bien-être.
En fait, tout au long de la phase orale comme le terme l'indique, tout en l'enfant « circule » autour de l'allaitement. L'allaitement est un processus intense de maternage concret. C'est que l'enfant ne boit pas uniquement du lait quand il suce, il boit aussi de l'amour.
Quand Dorian était allongé dans mes bras en buvant son lait quotidien, il faisait des sons absolument incroyables durant l'allaitement, à certains moments, ses yeux roulaient et tournaient vers le haut, comme dans l'extase. Bien sûr, ce n'était pas simplement le lait qu'il buvait et pas non plus seulement l'amour que je lui donnais. C'était de la manne venue du ciel, du nectar céleste ! À certains moments, les bruits devenaient tellement aigus et exaspérants que je me trouvais un tout petit peu embarrassée de le nourrir en public, car cela avait l'air tellement intime que c'était comme exposer au-dehors notre vie amoureuse. Les gens se détournaient et les grouillements d'appétit et de contentement sonnaient de façon complètement inesthétique à notre société d'adultes frustrés. Il n'est pas étonnant que certains parents soient embarrassés par les expressions extatiques de leurs bébés et se posent des questions sur leur état mental. Ils n'ont pas idée de ce que signifie ce processus sérieux pour l'enfant et ne sont pas conscients de l'activité neurologique vitale qui s'installe. Alors, directement ou indirectement, consciemment ou inconsciemment, ils interrompent ou raccourcissent la période où ils donnent à manger à l'enfant en ignorant complètement le mal qu'ils lui font. Les symptômes résultants apparaîtront plus tard. Par la suite les parents vont commencer à s'inquiéter et ne relieront pas eux-mêmes le problème à ce qu'ils ont fait durant les premiers mois. De plus, beaucoup de gens tiennent en haute estime les livres de conseils médicaux sur les régimes d'allaitement qui disent par exemple que l'enfant a besoin d'être nourri toues les trois heures à peu près 10 minutes à chaque sein. Quelle façon superficielle d'informer et de traiter un sujet aussi fondamental !
Qu'il soit nourri au sein, ou au biberon, cela prend des heures les premiers mois, et ensuite presque autant de temps dans les mois qui suivent pour gratifier un enfant complètement. Plus il est tenu et plus il a de contacts, de présence physique, mieux cela vaut.
Cela exige un temps infini de dévotion pendant la première année, mais après cela tout devient plus facile, et alors l'enfant a une telle régulation personnelle qu'il commence à éduquer ses parents.
Jusqu'à trois mois, l'enfant passe la moitié de sa vie, de sommeil dans le R.E.M. profond, et aussi la moitié de sa vie réveillé dans un mouvement de R.E.M. de léger assoupissement.
Après cela, le mouvement R.E.M. chez l'enfant et le cycle général du sommeil se ressemblent de plus en plus. Un adulte passe par nuit 1 heures à 1 heure et demie de sommeil dans les mouvements R.E.M. et les petits bébés de 8 à 9 heures.
Ces informations montrent qu'il y a une importante transition biologique dans les trois premiers mois après la naissance, où les états de rêve de l'enfant et les états d'éveil sont un processus R.E.M. entremêlé et qui ressemble beaucoup à ce qui se passe dans la vie prénatale.
La stimulation interne de l'activité R.E.M. est un processus prénatal spontané qui prédomine dans les premiers mois après la naissance. On arrive là à avoir une idée de l'intensité de l'activité neurologique et métabolique dans laquelle l'enfant est engagé pendant sa période de transition. Il est intéressant de noter que ce rapide mouvement des yeux pendant le sommeil est produit uniquement lorsque a lieu une relaxation profonde des muscles du cou. Quand on pense au manque total de contrôle qu'un enfant a de son cou à ce moment-là, on peut comprendre que l'activité R.E.M ; est produite spontanément pendant le jour et la nuit.
Le fait que l'enfant développe les muscles du cou uniquement après 3 mois est lité au décroissement de l'activité R.E.M. de la même façon que le petit bébé passe la plupart de son temps en fluctuation entre les états R.E.M. et un sommeil paisible.
2. LE CYCLE DE NUTRITION R.E.M.
Grâce à Dorian, j'ai acquis beaucoup d'empathie avec lui, avec les nourrissons …. La vulnérabilité du nouveau-né, son impuissance lorsqu'il rentre dans ce monde, si complètement aux prises avec ses besoins primaires souvent en conflit avec ceux de ses parents !
Le pouvoir des parents dans cette position est de donner ou de ne pas donner, de comprendre les signaux du bébé ou de ne pas les comprendre …. Et l'insensibilité subtile accordée à l'enfant nouveau-né parce qu'il ne sait pas parler et expliquer ! Il peut seulement pleurer et un pleur de bébé excite l'irritation et l'hostilité et souvent il pleure davantage. Mon cœur saigne pour le bébé qui ne peut pas dire son sentiment afin d'expliquer certaines choses qui sont insignifiantes pour les parents, mais de la plus grande importance pour son existence à lui, son bien-être quotidien, sa croissance physique, son développement mental et même pour sa vie. Le bébé est si fort dans ses pulsions, ses besoins, qu'il s'oppose fortement à leur violation. Ecoutez les cris incroyablement puissants de l'enfant qui exige de l'attention ! Que ce soit justifié ou non, selon ce que nous pensons, son être entier ressent qu'il est dans son droit et il s'opposera de la même façon à n'importe quelle bêtise venant des adultes. Le bébé est en contact avec sa force vitale comme il ne le sera jamais après. Il est réellement « nouvellement né » et il est toujours intact, pas abîmé. Personne n'a encore empiété sur son tempérament. En lui-même, c'est une petite créature entière, complètement en contact avec les pulsions primaires de la nature. Un être autonome, conduit par des réflexes conditionnés à réagir, refuser et obtenir. Et ce que le bébé veut est aussi ce dont il a absolument besoin. On pourrait appeler cela la loi du bébé.
On se demande d'où viennent ses cris si puissants ! Les poumons et les cordes vocales ont une force maximum. Cela vient directement des tripes et la voix des tripes est la voix de la vérité. Le nouveau-né est en contact avec sa force vitale comme il ne le sera jamais après, sauf s'il est autorisé à rester lui-même, avec la force omnipotente de montrer ses besoins, car la « loi du bébé » n'est pas une loi infantile. Les impulsions immédiates jaillissent de l'inconscient, mais avec des signaux très définis qui doivent être compris par les parents depuis le commencement du contact. Si ces signaux sont ignorés et que les besoins fondamentaux sont négligés, alors le puissant nouveau-né devient un bébé impuissant. Mais pour comprendre de façon juste la « loi du nouveau-né », on a besoin d'être conscient que dans sa vie autonome, il y a une conscience profonde qui guide ses actions. Elle dérive directement de sa source et est aussi vieille que le temps. Elle est si bien cadrée qu'il faut la chercher pour la connaître. Son apparence est aussi fragile que celle de n'importe quelle vie qui commence à s'ouvrir. La première fois que j'ai observé la conscience de Dorian est le jour où il m'a appris à ne pas interrompre son cycle de nutrition et que je l'ai observé dans un état de transe. Pour des raisons cliniques, je n'étais pas capable de le nourrir au sein et tous les deux nous avons dû nous adapter à la nutrition au biberon. Ceci fut un problème dès le début. Les trois premiers jours à l'hôpital, je l'ai nourri avec des biberons tout prêts, avec une quantité bien fixée. Dorian buvait avec avidité et ne voulait pas s'arrêter à la dose prescrite. Je ne voulais pas le nourrir davantage et l'infirmière m'avait aussi informée de la juste quantité quotidienne. Mais il pleurait quand je retirais le biberon. Comme tous les bébés, il voulait et avait besoin de sucer plus longtemps que pendant les quelques minutes dont il avait besoin pour étancher sa soif. Mais les trous des tétines étaient beaucoup trop gros et ne permettaient pas une ingestion lente de lait (ce qui est seulement une partie du processus de l'allaitement).
Les premiers jours après la naissance, la mère vient juste de commencer à produire le lait et le bébé joue un rôle dans la stimulation de cette production. Pendant un long moment, il reste couché près du sein de sa mère, prenant le plaisir de sucer et tombant progressivement endormi quand sa faim est satisfaite.
J'ai tenté un palliatif avec une tétine sans trou. La manœuvre avec la fausse tétine était une supercherie, car cela impliquait toujours le risque de l'éveiller, qu'il hurle de colère parce qu'il était interrompu. Sur un plan physiologique, cela créait une séparation entre les plaisirs de boire le lait et de sucer. Boire dans l'amour n'arriverait que quand ces deux choses se passeraient en même temps. Son plaisir était de boire le lait à son propre rythme, ceci mélangé à tout un ensemble d'évènements agréables : d'être tenu, de voir sa faim satisfaite, de tomber dans un endormissement doux puis dans un profond sommeil.
Un jour, Dorian m'a appris la séquence entière. J'avais mis une tétine sur une autre, afin de diminuer le flot du lait. Et bien que le lait continuait de jaillir, les tétines ont fini par éteindre complètement l'écoulement du lait. Cette fois, les tétines se sont coordonnées complètement et à l'âge de 7 jours, pour la première fois, Dorian eut une symbiose ininterrompue avec moi et durable. Il suça le lait avec gourmandise pendant quelques minutes avec des sons forts de gratification. Puis son tempo diminua, jusqu'à ce qu'il ne boive plus qu'à peine, bien qu'il continuât de sucer. On pouvait voir ses lèvres et ses mâchoires bouger rythmiquement, mais ce n'était pas parce qu'il avalait beaucoup de lait. Parfois, il ne suçait pas du tout, et restait allongé là, les yeux fermés, la bouche tendrement autour de la tétine. Il faisait de doux soupirs de contentement.
Puis, à un moment, il ouvrit ses yeux, les referma et commença à boire de nouveau les yeux fermés en s'engageant complètement dans un plaisir concentré. Les séquences où il buvait et celles où il suçait en dormant alternaient, et après environ la moitié de la tétée, il était allongé comme endormi, mais on entendait ses minuscules sons de contentement. Comme il ne semblait pas téter davantage, j'ai eu envie d'enlever le biberon. Ce n'était pas très intéressant que je continue à tenir le biberon, car j'étais déjà là depuis plus d'une demi-heure et il avait l'air satisfait pour l'instant. Apparemment seulement, j'étais sur le point de retirer le biberon et j'hésitais, car un instant je discernai une gêne sur son visage, et ses yeux se fermèrent un petit peu plus, comme s'ils étaient fatigués de quelque chose et pourtant il demeurait endormi. Alors je décidai de laisser le biberon là où il était. Un moment plus tard, j'ai compris qu'à ce point de demi-endormissement, sa bouche tenait toujours la tétine comme s'il la suçait, et que je l'aurais éveillé si je l'avais enlevée. Après un moment, les soupirs de contentement s'arrêtèrent et je remarquai des vibrations à ses paupières, il était maintenant dans le R.E.M. En dehors des quelques mouvements qu'il y avait sur son visage, il était tranquille et paisible, mais de temps en temps, il faisait un rapide sourire ou une grimace qui faisaient un contraste très amusant par rapport à son expression par ailleurs sans mouvement. À ce point, je remarquai aussi une vibration presque invisible sur ses lèvres comme si elles étaient toujours engagées à sucer. Les mouvements étaient si légers que j'aurais pu ne pas les remarquer du tout, mais ils avaient attiré mon attention et comme sa bouche était relaxée, la tétine pendait sur sa lèvre inférieure, et à travers la légère ouverture de sa bouche, je pouvais voir sa langue bouger rythmiquement. Il n'était pas endormi du tout, mais il était dans un espace qui exigeait une concentration intérieure. Il se passait un processus intense en lui, continuellement généré par ce mouvement invisible de succion. Maintenant sa bouche faisait de nouveau une grimace, un rapide sourire apparaissait en instant, et je vis les deux côtés de sa langue autour de la tétine, toujours vibrante. Ces mouvements étaient aussi rapides et subtils que des étincelles électriques. Dorian gigotait dans son espace intérieur. Est-ce qu'il savait que je le regardais ? Puis de nouveau la grimace de sourire arrivait, il le fit trois ou quatre fois. Puis, tout à coup, il ouvrit les yeux et regarda d'un côté, puis de l'autre. Plusieurs fois ses yeux glissèrent d'un côté et de l'autre, d'une façon étrangement directe, presque comme un exercice des yeux qu'un spécialiste des yeux aurait pu vous prescrire. C'était un mouvement très défini. Il fermait ses yeux pendant quelques minutes, ses lèvres, sa langue vibraient toujours, puis à nouveau, il faisait son exercice oculaire. Puis il me regardait avec cet étrange et intense regard. Ce n'était pas du tout comme un regard de bébé étonné. Je ne pensais pas qu'il me voyait, ou qu'il voyait à travers moi. Il se trouvait simplement que j'étais dans son objectif, ses yeux bleus me regardaient, ils semblaient très sombres, doux et vibrants. Puis, il les fermait et avec un petit mouvement de son corps qui semblait partiellement le réveiller, il recommençait avec avidité à boire le reste du lait. Un cycle s'était effectué. Toute une chaîne d'évènements avait eu lieu. À peu près une heure s'était passée depuis le début, et maintenant cela semblait recommencer à nouveau, mais j'étais décidée à lui donner son temps. Je l'adorais tellement ! et j'étais curieuse de ce phénomène de succion sur lequel il insistait tellement fort.
Quelques temps plus tard, il s'arrêta de boire de nouveau, il générait une formidable chaleur, il transpirait, ses cheveux étaient mouillés. Je pouvais sentir la chaleur pénétrer mon bras où reposait sa tête. Il semblait presque endormi, et bientôt le R.E.M. recommença. Cette fois, il n'y eut pas de tremblement de la bouche. Son visage était complètement calme, presque serein, puis ses yeux commencèrent à rouler vers le haut, montrant le blanc du globe oculaire. J'avais remarqué ceci plusieurs fois auparavant quand je le nourrissais, mais cette fois, cela semblait continuer. Les yeux roulèrent plusieurs fois, puis il les couvrit gentiment de ses paupières.
Il était allongé, complètement calme, son souffle était silencieux et parfois profond, comme s'il ne respirait plus du tout. Son visage était sans mouvement, et fermé, comme sous un voile et bien qu'enchantée de ce calme adorable, je fus envahie d'une peur soudaine. Il semblait s'éloigner, devenir distant de moi et de tout ce qui l'entourait, le calme, l'expression sans mouvement, le mouvement des yeux, la respiration profonde, tout ceci était à l'évidence un état de transe. Pourtant, il était sensible à tout changement autour de lui : si je change de place, ou si de doux bruits venaient du couloir. Soit il était éveillé mais loin, soit il était endormi et très proche, sensible aux bruits mais sans bruit lui-même, une espèce de léger coma. Ses yeux roulèrent doucement encore. Je pouvais presque voir comment il s'en allait jusqu'à un état où il était bien.
Maintenant, c'était à mon tour de retenir mon souffle car je pensai, tout à coup : « c'est l'alpha ». Je ne sais pas pourquoi je me suis mise à y penser d'une façon si définitive, car je connaissais peu de choses sur ce sujet. Je savais seulement que l'alpha était l'une des activités du cerveau durant notre cycle de sommeil et qu'il y avait des cours de vulgarisation apprenant aux gens à y entrer. C'est possible en faisant des exercices de R.E.M. Il y a toute une culture alpha, en particulier l'alpha des yeux qui aide à la relaxation.
Je ne devais pas le rappeler, mais rester avec lui dans ce vaste vide en lui donnant un temps infini, c'était à la fois intrigant d'être témoin de l'éloignement, de l'évanouissement de mon fils dans une transe où je ne pouvais pas le suivre. Il devenait si éthérique que je pouvais à peine le toucher. Il était si léger que je pouvais à peine le tenir. Son visage semblait ne plus avoir de forme, et était très pâle sous la radiance. Plusieurs fois, je m'arrêtais de bouger, de changer de position et je supprimais mon petit désir de le réveiller. Je suivais chaque souffle ou vague mouvement de sa poitrine léger comme une simple pulsation. L'expiration continuait comme s'il ne respirerait plus jamais. Cela dépassait l'intervalle normal que l'on respecte entre deux respirations. Le temps était suspendu, jusqu'à ce qu'enfin je l'entende avaler : un petit son aigu qui venait de son gosier, un hoquet ou un soupir, qui lui donnait un peu plus de présence. Plusieurs fois, il disparaissait, revenait à nouveau, avec une régulation parfaite de la respiration. Et tout à coup un sourire illuminait son visage, le plus beau sourire, celui d'un bien-être ultime.
Il se répandait sur son visage, comme la lumière du soleil inondant une vallée. Je me retrouvais aussi en train de sourire. Il gigotait, riait, et éclatait d'une jouie intérieure contenue. Même lorsque son visage ne bougeait plus, il restait toujours illuminé par cet état de bénédiction. Cela ne se passait pas une fois, mais deux ou trois et semblait l'emmener loin dans le temps et dans mes bras.
J'étais vraiment étonnée. Mon fils qui avait 6 jours savait méditer. Il avait eu un satori. Lorsque Dorian s'éveilla, il me regarda. Cette fois, il ne regarda pas à travers moi, mais il me regardait vraiment. Je n'oublierai jamais la profondeur silencieuse de son regard, comme s'il me disait : « cette fois, maman, tu as bien fait ».
Cet après-midi-là, j'ai suivi Dorian dans son espace lointain et beau et cela m'a apporté une révélation de visions intérieures sur l'enfance et la maternité. Je savais que la symbiose entre lui et moi arrivait après celle qui avait lieu en lui-même. Il y avait des processus parallèles, mais pas aussi dépendants l'un de l'autre que je l'avais pensé. Dorian avait tout le potentiel en lui. Il savait comment l'actualiser, le réaliser, l'unifier quelle que soit la dualité qu'il y avait en lui entre l'état d'éveil et celui du rêve, la radiance pâle de l'éloignement, et la radiance rose du retour au présent. La respiration et la non-respiration, tout ce qui était entre la fonction physique et la transcendance semblait se passer harmonieusement pendant le repos entre mes bras.
C'est cela dont il avait besoin, d'une présence physique, d'être tenu, et de temps. Et je compris aussi que je ne pouvais lui donner aucune symbiose de ce genre, mais simplement une tétine parfaite. Elle pourrait le satisfaire et l'amener à un état de béatitude, ce qu'une mère qui nourrit son bébé est sûre de faire avec son corps.
Autant j'avais été frénétique au sujet de ces tétines, autant je devins obsessionnelle. Dorian devait avoir sa béatitude quotidienne.
Une campagne fut lancée, et en peu de jours des biberons et des tétines me furent envoyés par des amis de ma famille d'Angleterre, de Hollande et de Suisse. Nous commençâmes à développer « l'alpha nursing ». Cela devint bientôt le moment béni de la journée. Cela devint un vrai travail de cultiver les soins au bébé d'une façon organique. Et Dorian s'épanouit. Il y avait quelques avantages avec l'allaitement au biberon. La symbiose pouvait se faire avec le père aussi, ainsi qu'avec une tante ou des amis proches. Une famille étendue était nécessaire pour approvisionner celui qui s'asseyait avec le bébé. Il y avait seulement deux règles :
Ne pas l'interrompre pendant qu'il buvait
Et surtout pas quand il était dans l'alpha
3. LA PHASE OCULAIRE ALPHA
Après avoir pris conscience de l'état de transe chez l'enfant, j'ai commencé à étudier certains livres sur les ondes alpha du cerveau et bio-feed back.
En abordant ce monde de l'alpha, je me suis retrouvée dans un labyrinthe de nouvelles excitantes qui parfois me firent perdre mon intérêt principal, celui du travail qui me concernait. Ce phénomène de l'alpha est vaste et je ne peux en aucune façon transmettre mon savoir encore incomplet sur ce sujet, en un seul article. Lire ces livres est jouer à cache-cache avec les pages, puisque beaucoup de choses ont été décrites et testées sur l'EEG, sur les adultes et les animaux, mais très peu est mentionné sur ses fonctions chez les bébés et les nouveaux-nés, et encore moins sur les processus d'allaitement et de succion.
L'activité des ondes alpha fait partie des fluctuations constatées des processus émotionnels et mentaux. Elles arrivent quand on est relaxé, les yeux fermés, durant l'assoupissement, et l'état de fatigue agréable.
L'alpha disparaît, comme le décrit B. BROWN (« New mind, new body » p. 364-370) durant le travail mental, quand on rêve, que l'on a fait pendant l'activité visuelle et la frustration.
La mise en route d'ondes alpha est plus facilement enregistrée par le cortex, mais il est difficile de dire où exactement ces ondes sont générées dans le cerveau ; ce qui les déclenche. On en sait plus sur la structure des ondes alpha que sur leur présence.
La recherche dans le domaine du bio-feed back alpha a donné des techniques particulières pour apprendre aux gens à obtenir de l'alpha volontairement. Il est étonnant de lire que ces techniques font tout ou partie de la conduite spontanée du bébé durant ses premiers mois. Ces parallèles pourraient ne pas évoquer grand chose à ceux qui n‘ont pas encore appris la signification de l'alpha. Mais pour les chercheurs en alpha, les implications exceptionnelles du R.E.M. chez le bébé en état alpha seront reconnaissables. Comme nous l'apprenons de ce qui va suivre, l'état d‘assoupissement apparent du nouveau-né est exactement l'état de haut voltage de l'activité du cerveau où l'alpha se produit. Ici aussi on a une idée de la raison pour laquelle le premier stade de développement de l'enfant est aussi appelé la phase oculaire .
« Il y a quelques temps, MULHOLLAND et DEWAN ont découvert séparément, et d'autres ont confirmé leur théorie, que quand beaucoup de gens ferment les yeux, automatiquement et inconsciemment ils tournent leurs yeux vers le haut. C'est un phénomène tout à fait commun au sommeil et il arrive généralement que chez ces personnes, la production d'alpha soit une activité en conséquence directe de ce que font les yeux. Tournez vos yeux vers le haut et l'alpha apparaît, vers le bas et il disparaît ».
Thamas MULHOLLAND, qui avance la théorie selon laquelle les muscles oculomoteurs dans leur activité et la production d'alpha forment ensemble un système de contrôle, a fourni une recherche élaborée et intensive qui démontre que l'accommodation des yeux pour la mise au point visuelle est en relation intime et peut être comparable avec le mécanisme qui génère l'activité alpha du cerveau. Quand l'individu focalise ses yeux, pour une vision précise, l'alpha disparaît et, à l'opposé, quand les yeux sont déconcentrés l'alpha réapparaît dans l'E.E.G.
L'enfant, lors des premiers mois de sa vie d'assoupissement et de contemplation paresseuse, semble être la plupart du temps dans des états alpha durant la première période de transition. Il n'est pour ainsi dire pas, même pour un moment « complètement éveillé », ses yeux sont généralement défocalisés ou fermés, et lorsqu'il regarde, il louche. On peut à peine capter son regard pour de courts moments, le regard de l'enfant s'étonne, les yeux sont grands ouverts lorsqu'il s'éveille, ou lorsqu'il a faim ou quand il hurle pour que l'on fasse attention à lui. Quand l'enfant est tranquille, qu'on le porte ou qu'il est allongé paisiblement dans son berceau, il repose en alpha, un alpha léger ou profond. Dans un état d'assoupissement calme et continu, et c'est sa façon d'être normale.
La façon dont l'activité des ondes du cerveau influence nos états émotionnels et mentaux, est très complexe, d'après la littérature.
Beaucoup de ce qui a été dit sur le sommeil R.E.M. et les ondes alpha du cerveau peut être relié au processus d'activité des ondes alpha et à des fonctions similaires du cerveau.
En général, l'entraînement au bio-feed back alpha est utilisé comme une technique pour apprendre aux gens à produire des ondes alpha de façon à induire l'assoupissement et la profonde relaxation afin de rentrer dans un plus grand calme du corps et de l'esprit. Apprendre à produire de l'alpha peut aider quelqu'un à stimuler certaines fonctions corporelles, comme le rythme respiratoire, le battement cardiaque, la pression du sang, la vitesse du métabolisme, bref les principaux processus autonomes qui, autrement, sont en dehors du contrôle volontaire.
Dans les trois et quatre premières semaines après la naissance, le rythme cyclique R.E.M. et l'état alpha sont si bien établis du fait de la vie prénatale qu'ils ne se laissent pas déranger facilement. Même si le cycle de nutrition est incomplet, les processus neurophysiologiques sont plus ou moins automatiques et persistent même sans la stimulation bénéfique de la symbiose. Le bébé fluctue constamment en dehors et vers les états R.E.M., il est dans l'alpha la plupart du temps.
Certaines activités neurologiques dans les états de R.E.M. stimulent les hormones vitales appelées stéroïdes, qui entre autres fonctions affectent directement les niveaux de vitalité et de résistance aux infections. Avec son influence sur les transmissions, des impulsions nerveuses, il se pourrait bien que les états alpha et R.E.M. du nouveau-né soient des phases importantes dans la production d'anticorps et d'immunisation pendant sa phase de construction la plus délicate.
Si elle suit son cours naturel, cette auto-stimulation peut, même dans des situations de stress, vaincre les infections, la colique, les allergies, la faiblesse respiratoire, la bronchite, la grippe, l'anémie et d'autres formes de maladies infantiles. Quand ce processus de guérison est stimulé et mis en avant de bonne heure, l'activité alpha soutient l'enfant après la période de transition comme une source constante de haute énergie, de vitalité, et de force mentale. Il est important de stimuler l'activité R.E.M. bien qu'elle soit déjà un processus spontané et établi, ce qui est le cas dans le premier mois après la naissance.
Autrement, cette fonction neurophysiologique vitale dégénère, et, au lieu de continuer son activité maximale jusqu'au troisième mois, elle est à cette époque déjà à son déclin. Il est trop tard, bien que certainement cela aiderait d'encourager le cycle de nutrition R.E.M. chez l'enfant de 4 ou 5 mois. On ne peut jamais le stimuler au niveau thérapeutique qu'il aurait eu auparavant, car les moments dynamiques sont passés.
Quand l'assoupissement alpha est substitué aux états éveillés, que l'état de vigilance est substitué à l'activité psychomotrice et le sommeil R.E.M. à un sommeil profond, alors on progresse graduellement vers un rythme et un comportement adultes.
4. LE MATERNAGE ALPHA
En commençant cet article sur le maternage du nouveau-né, je me suis retrouvée à m'occuper exclusivement du cycle d'allaitement, des états R.E.M. et de l'activité alpha, qui sont des états particulièrement marquants dans les premiers mois après la naissance. À partir d'observations expérimentales, mais aussi de mon passé de thérapeute, j'ai été amenée à inclure des considérations scientifiques qui vont au-delà de mon propre domaine. À cause de mon désir de présenter ces idées dès que possible, parce que c'est un sujet tellement fondamental, j'ai eu peu de temps pour regarder ces phénomènes, et j'ai dû tirer des conclusions rapidement. Néanmoins, l'étude expérimentale a été très intense et très concrète, et la lecture de livres qui m'ont donné des informations, a été comme un enchaînement d'éclaircissements confirmant sans arrêt mes pensées depuis la naissance de Dorian. Je ne suis pas vraiment intéressée par la validité des concepts que je présente. Mais ce qui m'importe est que ma façon de voir soit prise en considération et que toute la façon de s'occuper de l'enfant soit revue et réexaminée par les médecins et les parents.
Bien sûr, on pourra dire que s'occuper des enfants et les nourrir sont des capacités naturelles de la mère, mais, autant que je puisse le voir, il y a un manque de compréhension profonde si ce n'est pas une absence de compréhension totale de tous les processus vitaux que j'ai décrits.
Les docteurs ont tendance à penser aux bébés en des termes purement physiologiques et, s'occuper de l'enfant, tant pour le personnel médical que pour les parents (dans la plupart des cas), n'est pensé qu'en termes de propreté, de régularité, et d'absorption de nourriture. La fragilité du nouveau-né, le besoin du cycle d'allaitement avec le processus R.E.M., l'assoupissement, le fait de sucer, et les états d'alpha sont totalement ignorés et négligés. (Je laisse de côté la protection de son état de transe et la transcendance).
Nous avons besoin de créer une culture qui prenne soin de la fragilité du nouveau-né pendant une période de transition. Nous avons besoin de nourrir la symbiose entre mère et enfant. Si on considère que pendant neuf mois il y a une grossesse externe, alors l'enfant et la mère sont inséparables et devraient être traités comme tels. De plus, pour nourrir la symbiose entre elle et l'enfant, la mère a besoin d'être entourée, autant que possible, on devrait totalement s'occuper de la mère qui nourrit au sein, car il n'y a qu'elle qui puisse nourrir l'enfant.
La mère qui nourrit au biberon peut être remplacée par quelqu'un d'autre, le père ou quelqu'un qui se dévoue (homme ou femme) pour donner ces soins prolongés. C'est presque impossible de donner à un nouveau-né toute l'attention et les soins dont il a besoin si on est seule avec lui. S'il y a également un ou plusieurs autres enfants, il y aura forcément des interruptions de l'attention portée au nouveau-né. Aussi, le processus d'allaitement sera bien meilleur si c'est une affaire de famille où chaque membre de la famille peut de manière positive et même avec exubérance et dévotion assister la protection et participer au maternage du « nouveau venu ». C'est merveilleux si le père peut partager le lien et la symbiose, soit en nourrissant le bébé directement, soit en s'occupant de la mère et de l'enfant dans les moments dynamiques de l'allaitement.
Avec la naissance naturelle, le contact immédiat, et le lien entre la mère et l'enfant, la situation dans quelques cliniques et maternités est beaucoup plus positive. Des docteurs comme LE BOER, Eva REICH, et beaucoup d'autres sont un travail absolument merveilleux dans leurs pratiques, dans leurs écrits en faveur de la naissance et des soins aux enfants sans violence et sans dommage. Ils disent que la naissance peut être une expérience très excitante et même extatique. Ils mettent l'accent sur le toucher, au moment vital juste après la naissance, et sur la protection du nouveau-né des troubles de l'environnement par les bras de la mère.
On peut maintenant suivre ceci avec une approche également naturelle pour l'allaitement du nouveau-né et poursuivre cela durant la période de transition de l'intérieur vers l'extérieur dans les premiers mois après la naissance. Nous pouvons accepter que le nouveau-né est seulement ce qu'on appelle « nouveau-né » (récemment né) et que la transition dramatique du poisson à l'homme n'est pas terminée à la naissance.
Quand le cordon ombilical est coupé, l'enfant a besoin de se rattacher par un autre lien. Le bébé a besoin d'être autorisé à sucer et à rester à sucer le sein ou la tétine autant qu'il en a besoin.
Cet attachement oral est une part vitale du lien et devrait être préconisé par le personnel médical. Il y a toujours du désespoir et des bébés qui pleurent même dans les couloirs des maternités qui pratiquent des techniques libérales. Nous savons maintenant que les bébés n'ont pas besoin de hurler à la naissance. Il a fallu des centaines d'années pour redécouvrir ce savoir. Combien d'années faudra-t-il pour comprendre que les bébés n'ont pas besoin de pleurer du tout . Ils ont juste besoin de téter. Ils ont aussi besoin d'être portés, c'est tout ! C'est seulement quand nous violons leur nature qu'ils se mettent à hurler et ils ont raison.
Je veux présenter maintenant le concept « le maternage alpha » ou « les soins alpha » qui respecte les états alpha du nourrisson, et qui nécessite de porter le bébé et de lui donner des soins ininterrompus.
Aussi, dans la partie suivante, je voudrais présenter quelques directives de base pratiques qui peuvent être utiles sur les traitements et les soins à donner aux nouveaux-nés. Ceci est basé sur ma propre expérience des besoins primaires de l'enfant.
En faisant ceci, j'espère ne pas paraître imposer des règles ou prétendre tout savoir. Ceci est la façon directe et radicale d'envisager la façon de traiter les nouveaux-nés et j'essaie d'indiquer la direction vers laquelle aller, baser toutes les observations et les idées que j'ai soulignées.
Un des premiers principes de soins à donner aux nouveaux-nés est de réunir les conditions pour que tout le cycle d'allaitement et de sommeil soit complet. Le bébé ne doit pas être interrompu pendant l'allaitement. Donc, il est important que la personne qui s'occupe de lui soit bien installée, dans un coin tranquille (il est agréable de prendre un bon livre et de se servir une bonne tasse de thé ou de café).
Les informations suivantes sur le cycle de l'allaitement et sur le sommeil peuvent vous être utiles.
Dès qu'il commence à boire, le bébé a besoin de 28 à 30 minutes avant de s'enfoncer dans le sommeil. Alors, il rentre dans le sommeil R.E.M. avec mouvement des yeux et rythmes irréguliers de respiration. Ceci peut se produire après 40 minutes (selon les sources bibliographiques). L'épisode R.E.M. suivant peut arriver rapidement, parfois après des intervalles de sommeil calmes. Selon ce que j'ai observé, les états alpha profonds de la transe qui suit arrivent généralement à la fin du premier épisode R.E.M. ou durant le second et culminent dans le sourire de béatitude du nourrisson quand il entre dans le sommeil profond et calme.
Généralement, on compte à peu près une heure pour que la totalité du processus se déroule. Cependant, on n'a pas besoin d'être assis avec l'enfant tout ce temps. Lors de chaque tétée, il est possible, avec un peu de créativité, de fournir les conditions nécessaires au bébé pour qu'il ait et le calme et la stimulation nécessaires.
Si ce mode d'allaitement est encouragé tôt, l'autostimulation et l'autorégulation seront si puissantes et si spontanées qu'il rentrera et sortira de la transe entre les tétées, qu'il soit dans les bras ou dans son berceau. Il peut même alors supporter des conditions non idéales comme un voyage en train ou se trouver au milieu d'une foule.
Quelquefois, le nourrisson peut obtenir une gratification totale quand il est allongé dans son berceau, le biberon étant installé dans la position commode pour que le bébé puisse téter seul. Le bébé doit pouvoir réguler complètement la quantité de lait qu'il prend lentement et la tétine ne doit pas couler trop vite.
Bien sûr, le bébé a besoin d'une attention constante et ne doit jamais être laissé seul pendant qu'il boit son biberon. Pour qu'il puisse se nourrir ainsi, le biberon doit être léger et le trou de la tétine très petit. Plus tard, on peut bien substituer une sucette en caoutchouc (il en va de même pour les enfants nourris au sein). Mais tous les changements de position ou de tétine doivent être faits quand les chances d'éveiller le bébé sont minimes.
Deux règles ont été appliquées de façon plutôt stricte. On ne changeait pas Dorian quand il était entré dans le sommeil R.E.M., ni quand il était dans un état de transe. Si le R.E.M. est interrompu, alors l'état de transe tendra à ne pas se produire et il n'y aura pas de possibilité d'état de béatitude. Aussi, si on est attentif aux intervalles de sommeil tranquille entre les R.E.M. ou à l'extrême fin du cycle d'allaitement, tous les changements peuvent être faits. Alors, quand le sommeil tranquille survient et que l'enfant respire profondément et façon étale, on peut facilement le passer à quelqu'un d'autre ou le coucher dans son berceau sans le réveiller.
Le cycle se complètera maintenant tout seul et vous aurez les mains libres. Avec cette sorte de perception et de conscience, chaque parent peut bientôt réussir à connaître le rythme et la réceptivité de son enfant et de tirer le meilleur parti de la fusion et de la séparation. A ce moment-là, les nouveau-nés ont un fort système d'autorégulation, leurs parents peuvent donc avoir confiance et s'adapter au rythme du béé pendant les premiers mois.
Après la fin de la période de transition (de l'intérieur vers l'extérieur), et après que le bébé a 8 ou 10 mois, il acquiert davantage un rythme adulte et peut mieux s'adapter aux parents. De façon similaire, les nouveaux-nés n'ont pas besoin d'être éveillés pour les tétées, ils s'éveillent tous seuls quand ils ont faim. Leur faim a un rythme cyclique ou métabolique ; On peut être étonné de la régularité avec laquelle ils réclament leur tétée. Il est donc important que le père ou la mère prépare le biberon bien en avance de telle sorte que le bébé puisse être mis au biberon dès qu'il montre des signes de faim. Ceci n'est pas nécessairement immédiatement au moment où il s'éveille. Les nouveau-nés ont aussi la capacité de réguler la quantité de lait dont ils ont besoin : le flot de lait et le rythme de la tétée. J'ai confiance dans le fait qu'un nouveau-né tirera beaucoup du profit de cette autorégulation.
Premièrement
Il est vital pour le bébé d'être capable de réguler le flot de lait afin de s'assoupir dans le cycle R.E.M. Si le lait est imposé à l'enfant et que la tétine coule toute seule, le nouveau-né risque d'être étouffé quand il s'endort. Pour cette raison, les docteurs sont contre la tétée quand l'enfant est endormi. Aussi, il y a des situations où les parents réveillent l'enfant pendant la tétée, ce qui l'empêche délibérément d'obtenir ce plaisir d'endormissement. Aussi, pour permettre et sauvegarder cette partie de l'allaitement on peut aider le bébé à être responsable du flot de lait. Aussi longtemps qu'il peut réguler la vitesse et la quantité lui-même, il y aura une quantité minimum de lait qui sera ingérée pendant qu'il se nourrit en dormant et il n'y en aura pas du tout quand il sera tombé dans le sommeil.
Deuxièmement
S'endormir en fin de tétée est un autre aspect essentiel, cela réconforte et calme l'enfant. C'est une des lois du nourrisson que les bébés en détresse cherchent toujours à être rassurés par le sein ou le biberon, en prenant la tétine, qu'ils aient faim ou non. Beaucoup de bébés s'endorment le soir en buvant tout seuls et la plupart des bébés qui pleurent (selon les parents) ou qui combattent le sommeil iraient en ronronnant vers leur lit comme des petits chats, si on les autorisait à prendre le plaisir de s'endormir et de s'assoupir sur la tétine. Il pourrait être aussi encourageant pour des parents de savoir que cette tétée où il s'endort, cette succion libidineuse, a un effet direct sur le processus de digestion. Ce qui a été bu est digéré mais, de plus, les tensions et les stress établis pendant la journée vont aussi se dissoudre (c'est une sorte de digestion nerveuse) (1). Cette double fonction de l'intestin est un autre aspect essentiel des états d'approfondissement alpha, pas encore connu dans la médecine générale. C'est pourquoi les docteurs tendent à ignorer ce comportement déclencheur. Ils ont aussi tendance à ne pas tenir compte ou à négliger, ce besoin oral de base à être rassuré.
J'aimerais maintenant donner plus d'informations pratiques pour aider le bébé et la mère à avoir du plaisir pendant les soins. Je le fais en prenant le risque de surcharger la mère d'informations : « il faut », « vous devriez », etc.. Cependant, ceci va compléter cette étude. Il n'est pas nécessairement capital de réveiller le bébé ou de l'interrompre quand il tète, pour le rot. Quand il tète doucement, le bébé a du temps digérer le lait et ainsi, il aura tendance à ne pas développer de « vents ». C'est simplement quand ce lait va trop vite, que l'enfant est forcé de le gober, qu'il développe des douleurs gastriques, qui ont besoin d'être soulagées par un grand rot. Normalement, quand le cycle de nutrition est terminé, vous pouvez faire faire le rot à l'enfant s'il est éveillé, et le mettre droit, vers et tout contre vous, quand il s'endort ou dort déjà, en lui caressant très doucement le dos pour aider au rot. Fréquemment, cependant, le rot vient spontanément pendant le sommeil quand l'enfant est mis sur le ventre. L'enfant peut être mis sur son ventre quand il s'endort, spécialement pour le protéger si jamais il vomit la nourriture. Les bébés ne peuvent pas facilement tourner leur tête et les nouveaux-nés, pas du tout. Il y a plusieurs exemples de morts de bébés par étouffement quand l'enfant a été allongé sur le dos, et n'a pu se débarrasser d'un trop plein de nourriture.
Le fait que les enfants puissent réguler le flot et la quantité de lait est important à savoir, spécialement pour la mère qui donne le biberon. Un des plus importants inconvénients du biberon est le suivant : quand le biberon est vide, l'enfant suce de l'air. C'est l'une des raisons pour lesquelles les mères souvent retirent vite le biberon, en dépit du besoin du bébé de sucer de façon continue. Pour pallier cet inconvénient, on peut remplir complètement le biberon du moment qu'il peut réguler le flot lui-même, le bébé s'arrête de boire quand il a eu assez (généralement cela tombe à la dose recommandée). Il peut alors continuer à sucer doucement la tétine et, le plus vraisemblablement, va la laisser pour s'endormir sans vider le biberon.
Les mères peuvent ainsi être créatives, et laisser leur bébé trouver une gratification à ses besoins oraux. Il y a des trucs : par exemple visser de façon plus serrée l'ouverture du biberon pour diminuer le flot du lait, ou l'augmenter en faisant l'inverse, ou même tenir le biberon presque horizontalement pour empêcher le lait de couler si le biberon tend à se vider avant que l'enfant semble avoir fini de boire. On peut ainsi mettre une tétine plus petite qui bloque davantage le flot du lait, ce qui permet la succion tandis que l'enfant s'endort. Que l'enfant soit nourri au sein ou au biberon, le principe est de ne jamais retirer la tétine avant que le bébé ne la lâche de lui-même ; et si, pour une raison quelconque, il faut la retirer alors que l'enfant a toujours besoin de sucer, elle doit être immédiatement remplacée par une sucette, de façon à ce que l'enfant puisse terminer son cycle oral.
Il y a aussi cette « grande affaire » de sevrer quand ce n'est pas nécessaire.
Quand l'enfant s'adapte à la nourriture solide vers la fin de la première année, quand il essaie de prendre ce qui passe et qu'il peut être nourri à la cuillère, il a encore besoin du sein et du biberon régulièrement. Les mères qui allaitent au sein peuvent introduire le biberon longtemps avant qu'elles arrêtent finalement de donner le sein. Quand elles commencent à donner de la nourriture solide au bébé, cela pourrait être aussi un bon moment pour familiariser le bébé avec la tétine de caoutchouc. Je ne crois pas que l'enfant rejettera le sein de la mère s'il commence à s'adapter à la tétine. Les pédiatres ne sont généralement pas d'accord, à cause de la façon différente dont le lait coule (voir plus haut). Les mères qui nourrissent au sein, ou qui ont trop de lait, peuvent avoir besoin de faire sortir le lait pour permettre à l'enfant de réguler sa prise de lait plus facilement.
Pour que le bébé s'endorme après la tétée, on peut changer la couche avant qu'il boive, quand il s'éveille, plutôt que tout de suite après. Cette suggestion est contraire à la plupart des avis médicaux, mais à mon avis, c'est plus grave d'interrompre le bébé dans son sommeil que de le laisser mouillé pendant un certain temps. Si l'habitude est de changer le bébé après la tétée, le bébé va anticiper cette interruption, et il ne sera pas capable de se laisser aller dans le cycle d'allaitement en totalité tel qu'il a été décrit.
Pour ce qui est des tétines et des biberons, il est possible de trouver des tétines qui ressemblent au bout du sein de la femme. Elles sont souples, comme la peau, s'élargissant pour couvrir le visage du béé du nez au menton, de façon à ce qu'il puisse s'ensevelir dedans, comme il pourrait le faire dans le sein. Avec la stimulation orale constante (que donne l'alpha nursing), les tissus sensuels qui entourent la bouche ont besoin de contacts pour qu'une circulation d'énergie (de libido) adéquate ait lieu à cet endroit. La plupart des tétines que l'on trouve à l'heure actuelle ont plus une forme « phallique » qu'une forme « féminine ». Franchement, elles ressemblent plus à un pénis qu'à un sein de femme ! Certaines tétines, bien que conçues scientifiquement, sont effroyablement dures.
Les sucettes sont aussi souvent trop dures et d'une mauvaise forme qui peut avoir une influence sur les gencives et sur la position des dents, si on s'en sert constamment. Certains nouveaux produits ont la forme de la bouche et couvrent en même temps les tissus autour de la bouche. Elles sont douces, plates et s'avèrent moins ennuyeuses à utiliser fréquemment. Bien sûr, les sucettes comme les tétines en caoutchouc doivent être propres et stérilisées pour éviter les infections de la bouche.
Le trou de la tétine doit être suffisamment grand pour que l'enfant suce facilement, mais suffisamment petit pour qu'il puisse réguler le flot du lait. Une façon de le vérifier est que le lait ne doit pas sortir du biberon quand on le secoue. Quand on le renverse, il peut couler un tout petit peu ou pas du tout.
(il manque la fin.)
(1) « La théorie biodynamique de la névrose » - Journal de Psychologie Biodynamique N°1.
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